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Une profession à son tour menacée par le phénomène de l’ubérisation : les experts-comptables et les commissaires aux comptes

by margaux oren on 4 mai 2016

Interview d’Alban Clot dans le Journal de l’Economie, mardi 3 mai 2016 sur Radio Classique

Nicolas Pierron : Si vous êtes chef d’entreprise, ce mardi 3 mai constitue une date importante. C’est en effet aujourd’hui que doit être mise à disposition de l’administration fiscale ce que l’on appelle la liasse fiscale. Bonjour Alban Clot.

Alban Clot : Bonjour.

NP : Vous êtes co-fondateur avec Cyrille de Gastines d’une start-up baptisée Supervizor qui aide justement les entreprises de toutes tailles à se mettre en conformité avec les demandes de l’administration sur le plan comptable. La liasse fiscale, pour ceux qui ne connaissent pas, et ils sont nombreux j’imagine sauf s’ils sont chefs d’entreprise, ça correspond à quoi au juste ?

AC : La liasse fiscale est la principale obligation déclarative de l’entreprise. Elle permet à l’administration fiscale d’avoir l’information sur le résultat de l’activité de l’entreprise et ainsi de connaître le montant de l’impôt sur les sociétés qui est attendu. Donc il s’agit d’un événement majeur qu’effectivement tous les chefs d’entreprise connaissent bien.

NP : De plus en plus de particuliers déclarent et payent aujourd’hui leur impôt sur le revenu en ligne, est-ce que c’est le cas aussi pour les entreprises par rapport à cette liasse fiscale et à cet impôt sur les sociétés ?

AC : Il y a en effet un mouvement depuis quelques années, qui est général auprès de l’administration fiscale, de numérisation de l’ensemble des déclarations. Avant 2014, la liasse était envoyée par courrier, et l’administration fiscale saisissait cela dans son système. Depuis 2014, le recours à ce que l’on appelle les télé-procédures est obligatoire. Donc l’entreprise saisit elle-même sa liasse fiscale sur internet, ou bien elle peut la télétransmettre, c’est-à-dire envoyer un fichier dans un format très particulier que va recevoir directement l’administration fiscale.

NP : Et alors, avec cette numérisation, l’enjeu c’est aussi un contrôle accru de la conformité des comptes des entreprises par l’administration fiscale ?

AC: Effectivement, l’objectif de cette déclaration numérisée est d’aller plus loin et de pouvoir automatiser le contrôle qui est effectué sur les données de l’entreprise. Il a donc été demandé au législateur de permettre au contrôleur fiscal d’accéder au détail de la comptabilité de l’entreprise, ce qui a été fait. Donc depuis le 1er janvier 2014, l’entreprise est obligée de fournir ce qu’on appelle le fichier des écritures comptables au contrôleur fiscal en cas de contrôle. Alors, quelles sont les nouveautés ? Ce fichier contient le détail de toute la comptabilité, donc toute la vie de l’entreprise. Pour faire une analogie, lorsque vous avez un contrôle fiscal particulier, au lieu d’envoyer simplement votre déclaration d’impôt sur le revenu, on peut maintenant vous demander de fournir votre relevé bancaire, qui va contenir le détail de tous les flux qui sont passés par votre compte.

NP : Alors la grande peur de tous les chefs d’entreprise, surtout les petites entreprises, c’est le contrôle fiscal, le redressement fiscal. Vous, vous proposez justement un logiciel miracle en quelque sorte qui permet de s’assurer qu’on est en conformité avec les règles de l’administration ?

AC : Le risque pour l’entreprise, et l’entrepreneur, c’est le risque d’erreur. On sait tous que le droit fiscal et le droit comptable peuvent parfois être très complexes en France : les taux de TVA changent régulièrement, il y a beaucoup de particularités qui font que, on a beau être de bonne foi, ce qui est le cas de la majorité des entreprises en France, on se trompe. Et quand on se trompe ça peut avoir des répercussions très fortes, avec un risque très élevé de redressement. Notre approche c’est de dire que l’entreprise a désormais un moyen de s’autocontrôler, donc de pré-contrôler tout ce qu’elle produit comme comptabilité, avant le contrôleur fiscal. De sorte que les erreurs sont identifiées avant, au fil de l’eau, pendant l’année, que les erreurs sont donc corrigées et que la liasse qui est déposée correspond à une comptabilité qui est fiable.

NP : Et ça coûte évidemment moins cher que de faire appel à un expert-comptable ou que de passer par un commissaire aux comptes, vous allez tuer au passage ces deux professions ?

AC: Alors l’objectif n’est pas de tuer la profession, l’objectif est de proposer un service pour lequel il y a un manque pour l’instant sur le marché. Les entreprises qu’on rencontre nous disent : « on n’arrive pas à savoir facilement où on en est, on n’a pas de compteur de vitesse dans notre entreprise, on ne sait pas si on est au-dessus ou en dessous de la limite et on aimerait le savoir parce que nous ne sommes pas des fraudeurs ». Et c’est le discours qu’on veut relayer : l’entrepreneur est quelqu’un de bonne foi, et il a peur de se tromper. C’est vrai que notre service change beaucoup de choses puisque l’entreprise a accès immédiatement, de manière très rapide, à une capacité d’analyse et à une technologie qui est impartiale.  C’est une technologie qui va vérifier l’ensemble de la comptabilité, mettre en lumière des erreurs, sans conflit d’intérêt d’aucune manière, et qui va permettre à l’entrepreneur de savoir exactement où il en est.

NP: Voilà ça s’appelle donc Supervizor, c’est le nom de la start-up que vous avez co-fondé, Alban Clot, avec Cyrille de Gastines. Merci d’avoir été en ligne avec nous, merci pour votre éclairage en ce jour J pour la liasse fiscale, date clé pour les chefs d’entreprise.

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